Histoire du canal de la Bourne

HISTOIRE DU CANAL DE LA BOURNE

Plus de 150 ans au service d’une agriculture moderne et performante

UNE NAISSANCE DIFFICILE

Les périodes de grande sécheresse du 18ème siècle incitent dès 1760, l’administration provinciale du Dauphiné à se pencher sur le problème de l’alimentation en eau de la Plaine de Valence. Les premières études effectives de dérivation des eaux de la Bourne datent de 1811 réalisés par l’Ingénieur en chef M LESAGE sur l’invitation de M MONTALIVET ministre. La défaite de NAPOLEON 1er en 1813 et les événements qui suivirent ne permirent pas la réalisation de ce 1er projet.

En 1846, la question de l’irrigation des plaines à l’est de Valence est de nouveau évoquée lors d’une séance de la Chambre des pairs par Monsieur Le Marquis de Cardone. Le gouvernement donna alors l’ordre d’entreprendre de nouvelles études réalisées par M SENS Ingénieur Ordinaire et M REYNARD ingénieur en chef du département. Après examen de l’avant projet par le Conseil Général des Ponts et Chaussées, le projet fut ajourné par M le Ministre jusqu’à ce que l’esprit d’association eut fait plus de progrès dans la Drôme ou qu’une société puise être formée pour l’exécution des travaux.

En 1859, après 2 étés successifs d’une chaleur exceptionnelle l’étude définitive du projet de dérivation des Eaux de la Bourne fut confiée à M MONTGOLFIER Ingénieur ordinaire sous la direction de M DE MONTROND ingénieur en chef du département. Le projet complet prévoyait une dérivation de 7 m3/s des eaux de la Bourne et comprenait un canal principal et 6 canaux secondaires. La société d’agriculture du département de la Drôme s’associa à ce projet et lors du passage de Sa Majesté l’empereur NAPOLEON III, le 7 septembre 1860, son président lui remit une pétition de plusieurs milliers de signatures, par laquelle on sollicitait l’appui de Sa Majesté pour la réalisation du canal. L’étude des modalités de financement et de réalisation du projet ont amené Monsieur Le Préfet de la Drôme a conclure le 20 novembre 1860 « En résumé, le projet d’irrigation des plaines situées à l’est de VALENCE, par une dérivation des eaux de la Bourne, est une œuvre éminemment utile, destinée à quintupler le rendement de 22 000 hectares de terrains fertiles et productifs. Son exécution, soit par une compagnie concessionnaire, soit par un syndicat, est assuré, si les propriétaires de la plaine comprennent bien leur véritables intérêts et si le gouvernement de l’empereur …., consent à venir en aide dans une large proportion aux efforts des populations de la Drôme ».

En 1872, après différents échecs pour constituer un syndicat de propriétaires ou pour trouver une société concessionnaire (une compagnie anglaise s’est présentée en 1863), la création de la société du canal de la Bourne est projetée et elle sollicite l’attribution de la concession du canal de la Bourne le 21 juin 1872 sur la base d’un estimatif des travaux de 8.4 MF et une subvention de 3 MF.

En 1873 lors de la séance du 8 décembre, l’assemblée nationale approuve la déclaration d’utilité publique et la concession d’un canal d’irrigation dérivée de la rivière Bourne présentées par M le Maréchal MAC MAHON, Duc de MAGENTA, président de la république et M LOREY Ministre des travaux publics.

En 1875 le 24 janvier la société locale du Canal de la Bourne est crée par Messieurs BERENGER (Député), THANNARON (Maire de Bourg les Valence), JUSTE DE BERNON (Trésorier payeur général de la Drôme), CLERC (député), DELIARD (Maître de verrerie), REBOUL (Médecin) avec un nombre total d’actionnaires de 445 et un capital de 2 MF.

En 1875, les travaux de réalisation débutent et se poursuivront jusqu’en 1879. Le barrage est mis en eau à partir du 21 mars 1879.

En 1879, le 18 octobre le canal est inauguré en présence de M DE FREYCINET ministre des travaux publics, M SADY CARNOT sous secrétaire d’état, M TIRARD Ministre de l’agriculture. Sa réalisation complète aura couté 10.7 MF (avec une subvention d’état portée à 3.6 MF). Les dépassements sont liés à la fortuité des événements politiques et agitations intérieures en France lors de l’émission des obligations de la société, au réseau des canaux tertiaires et rigoles de 400 Km au lieu de 174 Km prévus, aux fondations du barrage d’une profondeur de 8 m au lieu de 2.5 m prévu.

En 1883 : réception définitive des canaux secondaires.

A l’origine le canal n’était pas revêtu, mais les infiltrations étaient très importantes dans ces sols perméables que l’eau de la Bourne, trop claire, ne parvient pas à colmater. Un revêtement général fut effectué entre 1884 et 1890.

En 1905 : Dérivation des eaux de la Lyonne vers la retenue du Barrage d’Auberives en Royans par la création du seuil et canal de la Lyonne

UNE VIE LOIN D’UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

En 1909, 1er recours de la commune de Pont en Royans contre la société du canal de la Bourne.

En 1909, le 27 septembre mise en place d’un nouveau tarif pour les eaux d’arrosage des terrains d’un niveau supérieur à celui du canal => début de l’irrigation sous pression

En 1910 une convention est passée avec M MERTZ et M GOICHOT Ingénieur électricien à Grenoble (Société des forces Motrice du Vercors) pour la concession d’un volume d’eau et l’utilisation de la chute de l’Ecancière sur la commune d’Eymeux : Idée directrice : produire de l’électricité lorsque les eaux du canal de la Bourne ne sont pas utilisées pour l’irrigation. Cette convention est d’une durée de 60 ans à compter de la date de mise en service de l’usine.

En 1913, l’enquête en vue de l’établissement de l’usine hydroélectrique de l’Ecancière est menée.

En 1917, le 1er Aout, L’usine de l’Ecancière est mise en route. La compatibilité entre le fonctionnement de l’usine et l’irrigation entrainera lors des premières années plusieurs incidents d’ordre techniques (et notamment des variations du plan d’eau du canal problématiques).

En 1920, la santé financière de la société du canal de la Bourne se dégrade. Liée par des contrats, lois et décrets, la société du canal de la Bourne ne peut pas revaloriser ses tarifs afin d’équilibrer son budgets et de réaliser les travaux d’entretien nécessaires.

En 1921, l’eau arrive difficilement aux extrémités des rigoles, en raison de la sécheresse, mais aussi du mauvais état des canaux. Cette situation va entrainer la demande de 296 résiliations d’abonnement. Les redevances facturées sont de plus en plus difficiles à percevoir

En 1923, des travaux de réparations sont réalisés sur le canal principal, ils permettront lors de l’été 1924 de sauver de nombreuses récoltes.

En 1927-1930, la dégradation de la santé financière de la société du Canal de la Bourne se poursuit provocant la démission du conseil d’administration lors de l’assemblée générale des actionnaires du 05 mai 1930.

En 1928, le 4 Août un spectaculaire incident : un pan pan de la falaise qui surplombe l’usine de l’Ecanciére se détache éventrant le toit de la centrale et causant des dégâts sur un des 2 groupes de production.

En 1930, surélévation de l’usine hydroélectrique de l’Ecancière suite à la construction du complexe hydroélectrique de Pizançon. L’usine perd quelques mètres de chute et donc quelques Kwh de productible.

L’ARRIVEE DU SYNDICAT INTERCOMMUNAL DU CANAL DE LA BOURNE

En 1930, le 28 mai le Syndicat Intercommunal du Canal de la Bourne est crée regroupant, tout d’abords, 12 communes, il viendra se substituer à la société du canal de la Bourne à partir du 12 juin 1933 dans le cadre de la concession du canal de la Bourne (d’une durée de 99 ans). Aider par l’état, il va entreprendre des travaux de grosses réparations jusqu’en 1941. Ces travaux seront ponctuellement perturber par des difficultés d’approvisionnement de matériaux.

LA PREMIERE GRANDE CAMPAGNE DE REVOVATION

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, une rénovation d’ampleur du canal s’impose

En 1945, les services opérationnels du syndicat s’organisent autour d’un secrétaire administratif, d’un garde général et de 9 gardes.

En 1946, la société des Forces Motrices du Vercors (Gestionnaire de la centrale hydroélectrique de l’Ecanciére) est intégrée par nationalisation au sein d’EDF.

En 1949, sous la présidence de M DURAND conseiller général du Canton de Bourg de Péage le comité syndical adopte un plan de rénovation et sollicite l’aide du ministère de l’agriculture.

De 1950 à 1954, le Syndicat entreprend la rénovation du canal pour un montant de 600 MF financé à 60% par l’état et à 40% par les communes.

En 1953, après de longues et difficiles négociations, une convention est établie entre EDF et le Syndicat Intercommunal du canal de la Bourne pour limiter l’impact de l’aménagement hydroélectrique de Pont en Royans sur le fonctionnement du canal notamment en période d’irrigation.

Canal de la Bourne Partie 1
Canal de la Bourne Partie 2
Canal de la Bourne Partie 3

LE DEVELOPPEMENT DES RESEAUX D’IRRIGATION SOUS PRESSION

A partir de 1960, le regain d’intérêt des exploitants agricoles pour l’irrigation conduit le syndicat à développer l’irrigation sous pression soit à partir de l’eau du canal (stations de pompage des Morliettes– des Riviers etc…) soit à partir d’autres ressources (stations de pompage de Chaffit –Maret (1976)– Les Lilas (1967) – Les Fontaines – Les Combeaux (1974) etc….).

1976, nomination de M FLACHAIRE comme Secrétaire Général du Syndicat, il quittera sa fonction en 2009 après de très nombreuses réalisations.

En 1977, à la fin de la convention relative à l’usine Hydroélectrique de l’Ecancière accordée par la société du canal de la Bourne à la société des forces motrices du Vercors (qui à été intégrée après guerre au sein d’EDF), le Syndicat  Intercommunal du canal de la Bourne choisit de reprendre en gestion directe l’exploitation de cette usine et ainsi permet l’entrée de nouvelles recettes d’exploitation.

En 1982 M REBATET est élu Président du Syndicat Intercommunal du canal de la Bourne

En 1984, Renforcement de la structure du barrage d’Auberives en Royans (ancrage par tirants du barrage dans le rocher) pour répondre aux nouveaux critères de stabilité des ouvrages hydrauliques et construction de l’usine hydroélectrique d’Auberives en Royans (un investissement de 12 MF).

Dans les années 80 et 90, poursuite du développement de l’irrigation sous pression avec la création des réseaux de :

  • En 1981 : création du réseau de Vernet
  • De 1982 à 1985 : création du réseau de Papelissier
  • En 1982 : création du réseau des Ruches
  • En 1983 : création des réseaux de Mondy haut et bas service
  • En 1984 à 1988 : desserte de la plaine d’Eymeux- Hostun-Jaillans
  • De 1986 à 1988 : création du réseau Alixan Montélier Chabeuil haut et bas service
  • De 1989 à 1991 : création du réseau des Mont du Matin
  • En 1990 : création du réseau du Sud Est Valentinois accompagné de la création des stations de pompage (du Martinet dans l’Isère : 22 500 m3/h) et de Chaillard (reprise des eaux du canal de la Bourne 5 000 m3/h).
  •  En 1994 création du réseau de la plaine de Valence avec la suppression de canaux secondaires et tertiaires par l’agrandissement de la station de pompage de Riviers, la création de la station de pompage de Lafarge et sa réserve de 40 000 m3.

En 1989, l’été a été marqué par une très forte sécheresse, les eaux prélevée dans le canal de la Bourne ne permettent pas de faire face aux besoins de l’ensemble des usagers. Le Syndicat Intercommunal du canal de la Bourne créait dans l’urgence la station de pompage des Eaux de l’Ecancière en utilisant la conduite forcée d’amenée de l’eau à l’usine hydroélectrique de l’Ecancière comme conduite de refoulement. Cette station (d’une capacité de 2 500 m3/h), modernisée depuis, est toujours en service et est utilisée en secours.

En 1991 : la création de la ligne TGV par la SNCF, à obliger le Syndicat Intercommunal du canal de la Bourne à restructurer ses réseaux d’irrigation avec notamment sur le réseau de Chateauneuf sur Isère (Lilas) la création de la station de pompage des eaux de l’Isère et de la Vanelle.

En 1997 M KLEIN est élu Président du Syndicat Intercommunal du canal de la Bourne

En 2006, mise en service de la réserve de Juanon (700 000 m3) sur la commune de Montvendre, cette réserve permet le stockage de l’eau du canal de la Bourne pompées à la station de pompage de Chaillard en début et/ou en fin de saison d’irrigation. Cette eau est ensuite utilisée par les réseaux du Sud Est Valentinois, d’Allex-Montoison et surtout de Crest Nord en période estivale. Cette réserve et les maillages entre les réseaux ci-dessus cités permettent de réduire chaque année de 1 Mm3 à 1.5 Mm3 les volumes d’eau prélevés dans la rivière Drôme.

Réserve de Juanon (partie 1)
Reserve de Juanon Partie 2

En 2005 M VALLON est élu Président du Syndicat Intercommunal du Canal de la Bourne

En 2012, La commune de Pont en Royans obtient de la justice la condamnation de l’état pour faire exécuter le curage de la traversée de Pont en Royans, engravé par les apports de sédiments de la Vernaison. Le Syndicat Intercommunal du Canal de la Bourne (puis le Syndicat d’Irrigation Drômois) acceptera d’intervenir en dehors du périmètre de la concession pour être Maître d’ouvrage de ces travaux (30 000 m3 de graviers seront extraits de la rivière).

En 2018, création de la station de pompage des eaux l’Isère des Triboulières sur la commune de la Baume d’Hostun (5 400 m3/h) afin de compenser la baisse du débit provenant de la prise d’eau du canal de la Bourne suite à la loi sur l’eau de 2006 entrainant une réhausse du débit laisser dans la rivière Bourne dit « débit réservé ». Les dispositions de cette loi ont entrainé pour le Syndicat une très forte baisse de la production hydroélectrique et des recettes associées.

L’INTEGRATION AU SEIN DU SYNDICAT D’IRRIGATION DROMOIS

5 Syndicats Intercommunaux d’Irrigation Drômois regroupé au sein du SYGRED (Canal de la Bourne, Sud Est Valentinois, Crest Nord, Marsanne et environs, Rhône-Montélimar créaient une Régie d’exploitation afin de mutualiser leur moyens pour assurer le fonctionnement des réseaux.

En 2012-2013, Sur recommandations et avec l’aide de M le Préfet : M DURAND, M KLEIN (Président du SYGRED et ex président du Syndicat du Canal de la Bourne) et M VALLON (Président du Syndicat du Canal de la Bourne) œuvre au rapprochement de l’ensemble des Syndicats intercommunaux d’Irrigation pour aboutir le 12 décembre 2013 à la création du Syndicat d’Irrigation Drômois.